CLOS VENTURI
À Ponte Leccia, au cœur de la Corse, le Clos Venturi occupe pour nous une place très particulière. Chez Dolia, c’est tout simplement notre domaine préféré de l’île. Nous aimons cette capacité qu’ont les vins de Manu Venturi à réunir profondeur et fraîcheur, maturité méditerranéenne et énergie presque montagnarde. Ici, le vignoble se situe loin du littoral, autour de 400 mètres d’altitude, entouré de reliefs et de forêts. Les sols de grès, les écarts de température entre le jour et la nuit et le travail autour des cépages corses donnent aux vins une identité immédiatement reconnaissable. Ce sont des bouteilles qui peuvent séduire jeunes, mais dont les plus grandes cuvées prennent encore une autre dimension avec quelques années de cave.
L’histoire du Clos Venturi est intimement liée à celle du Domaine Vico. Le vignoble historique est fondé en 1901 puis repris dans les années 1980 par la famille Venturi Acquaviva, avec Jean Marc Venturi et François Acquaviva. Manu grandit donc dans cet univers, mais son parcours n’est pas celui d’un fils de vigneron qui aurait suivi une trajectoire toute tracée. Il étudie d’abord le droit, poursuit en école de commerce puis avec un DESS sur le continent. Le retour en Corse finit pourtant par s’imposer. Il rejoint le domaine au début des années 2000 et travaille aux côtés de son père, qui lui transmet progressivement sa connaissance des parcelles et des assemblages. C’est aussi à cette période que naît l’idée d’isoler un ensemble de terroirs plus frais et plus singuliers pour créer le Clos Venturi.
Cette transmission est importante pour comprendre Manu Venturi. Il ne cherche pas à effacer ce qui existait avant lui, mais à pousser beaucoup plus loin la lecture des lieux. Le Clos est progressivement pensé comme une entité à part entière, avec une attention accrue portée aux parcelles et aux cépages autochtones. Le domaine est aujourd’hui considéré comme l’une des références majeures de la viticulture corse et possède trois étoiles au Guide Vert 2027 de La Revue du Vin de France.
Le lieu explique beaucoup de choses. Le Clos Venturi représente environ 28 hectares situés dans le centre de l’île. Le vignoble est principalement installé sur des terres de grès et certaines vignes approchent les 480 mètres d’altitude. Cette position intérieure crée un climat très différent de celui que l’on associe spontanément à la Corse. Les journées peuvent être chaudes, mais les nuits et l’environnement montagneux préservent une fraîcheur importante. Les raisins mûrissent lentement et le domaine peut ainsi chercher une maturité complète tout en conservant de l’énergie dans les vins. C’est certainement l’une des raisons pour lesquelles les bouteilles possèdent autant de présence sans devenir lourdes.
La diversité des cépages est tout aussi passionnante. Aux côtés du vermentinu, du sciaccarellu et du niellucciu, Manu Venturi travaille de nombreuses variétés corses beaucoup plus confidentielles comme le biancu gentile, le genovese, le riminese, le carcaghjolu ou encore le minustellu. Le vignoble est devenu au fil des années un véritable terrain de conservation et d’expression de ce patrimoine végétal. Cette diversité n’est pas simplement là pour collectionner les cépages. Elle nourrit directement les cuvées les plus ambitieuses du domaine et permet à Manu de construire des vins profondément liés à la Corse.
Le travail agricole va dans le même sens. Le Clos Venturi est conduit en agriculture biologique et biodynamique et la ferme intègre largement les animaux à son fonctionnement. Chevaux, moutons, poules et ruches participent à la vie du vignoble. La traction animale est utilisée sur une partie importante des terres afin de limiter le tassement des sols. Les vendanges sont réalisées manuellement et les rendements restent volontairement modérés. Ce qui nous plaît dans cette approche, c’est qu’elle ne donne pas l’impression d’avoir été construite pour cocher des cases. Tout est pensé comme un ensemble cohérent où le vignoble, les animaux, les sols et la biodiversité doivent fonctionner ensemble.
Au chai, Manu adapte beaucoup son travail aux cuvées. Il utilise des cuves inox, du béton, des œufs, des foudres, des barriques ou encore des amphores. Les fermentations reposent sur les levures indigènes et les élevages sur lies occupent une place importante pour les blancs. Certaines cuvées passent par des macérations pelliculaires avant fermentation, tandis que les rouges peuvent connaître des extractions et des élevages très différents selon le cépage et le lieu. Il n’y a pas vraiment de recette Venturi. La logique consiste plutôt à trouver le contenant et la durée d’élevage capables de laisser chaque vin trouver son équilibre.
La gamme permet justement de comprendre cette progression. Les 1769 blanc et rouge constituent une première porte d’entrée dans l’univers du domaine. Le blanc met en avant le vermentinu tandis que le rouge associe sciaccarellu et niellucciu. Avec Brama Sciaccarellu, le regard se resserre sur un seul cépage et une expression plus profonde, épicée et structurée. Le Clos blanc provient de vieilles vignes de vermentinu et recherche davantage de profondeur et de salinité. Le Clos rouge associe principalement sciaccarellu, niellucciu et carcaghjolu neru.
Le Clos IP est particulièrement représentatif de la façon de penser de Manu. IP signifie Invechjamentu Prolungatu, autrement dit élevage prolongé. Il s’agit d’une expression du vermentinu que l’on laisse volontairement évoluer beaucoup plus longtemps avant la mise en bouteille. Ce temps supplémentaire transforme le vin, assagit son fruit immédiat et développe une texture plus profonde, des amers plus complexes et une vraie capacité de garde. Le principe est simple mais dit beaucoup du domaine. Ici, le temps fait partie intégrante de la vinification.
Altare et Chiesa Nera emmènent encore plus loin cette recherche. Altare blanc assemble plusieurs cépages corses dont le biancu gentile, le vermentinu, le riminese, le genovese et le carcaghjolu biancu issus d’une parcelle en terrasses. Altare rouge met davantage le sciaccarellu au centre de la lecture. Chiesa Nera blanc repose notamment sur le biancu gentile, le vermentinu et le genovese, avec un élevage long qui donne au vin beaucoup de matière sans sacrifier la tension. Chiesa Nera rouge rassemble quant à lui plusieurs cépages autochtones complantés et associe élevage en foudre puis en amphore. Cette cuvée montre parfaitement jusqu’où Manu peut aller lorsqu’il cherche à faire parler un lieu plutôt qu’un cépage isolé.
Le Chemin de Croix se situe encore ailleurs dans la gamme. Il provient d’une vieille parcelle de sciaccarellu installée sur une terrasse de grès orientée vers le sud est. Les macérations sont longues et l’élevage se fait sur près de deux ans avant un repos supplémentaire en bouteille. Le résultat est un sciaccarellu beaucoup plus profond et structuré que l’image parfois très légère que l’on peut avoir de ce cépage, tout en conservant ce parfum de maquis, cette finesse de tanins et cette fraîcheur qui donnent aux rouges du Clos Venturi leur personnalité.
C’est cette cohérence qui fait du Clos Venturi notre domaine préféré en Corse. Nous aimons évidemment les vins, mais surtout le fait qu’il n’existe pas de rupture entre ce que Manu défend dans ses vignes et ce que l’on retrouve dans le verre. Les cuvées les plus simples possèdent déjà une vraie identité et les grands parcellaires apportent ensuite de la profondeur, du temps et une lecture beaucoup plus fine du vignoble. Le domaine ne cherche pas à lisser la Corse pour produire des vins internationaux. Au contraire, il s’appuie sur ses cépages, ses reliefs, ses sols et son histoire familiale pour proposer une vision très personnelle de l’île. C’est exactement ce que nous avons envie de défendre chez Dolia.