Domaine Guy Bocard
Au cœur de Meursault, le Domaine Guy Bocard traverse aujourd’hui l’une des périodes les plus intéressantes de son histoire. La maison possède près d’un siècle de racines dans le village, mais les vins actuels racontent surtout un nouveau départ. Depuis 2022, Philippe Pacalet accompagne le domaine et a profondément revu la manière de vinifier et d’élever les vins. Moins de soufre, moins de bâtonnage, des pressurages plus longs, des levures indigènes et surtout une utilisation du bois beaucoup plus précise ont changé le visage des bouteilles. Chez Dolia, c’est exactement cette évolution qui nous a donné envie de suivre le domaine. On retrouve aujourd’hui des Meursault plus droits, plus lisibles, avec de la profondeur mais aussi cette sensation que l’élevage s’efface progressivement derrière le lieu.
L’histoire commence dans les années 1920 avec Charles Bocard, le grand père de Guy, à une époque où l’appellation Meursault n’existe pas encore officiellement. Son fils, également prénommé Charles, franchit une nouvelle étape en 1959 lorsqu’il commence à mettre lui même ses vins en bouteille et à les commercialiser directement. Guy rejoint ensuite l’exploitation familiale et développe considérablement le patrimoine entre 1976 et 1983 en acquérant plusieurs parcelles à Meursault. Il construit aussi les installations de la rue de Mazeray, avec une nouvelle cuverie achevée en 1987. Pendant près d’un demi siècle, son nom reste indissociable du domaine.
En 2018, la famille Derichebourg reprend la propriété et engage rapidement une conversion vers l’agriculture biologique avec l’accord et le soutien de Guy, qui continue alors à superviser les vins. Le changement n’est pas seulement juridique. Il marque progressivement une autre manière de regarder le vignoble et le chai. La certification biologique est acquise à partir du millésime 2022 et le domaine travaille aujourd’hui environ 5,8 hectares, presque entièrement situés à Meursault, avec une petite présence à Auxey Duresses. Il reste volontairement spécialisé dans les vins blancs.
Le véritable tournant intervient après le départ de Guy. En 2022, la famille décide de faire appel à Philippe Pacalet et lui confie la définition du nouveau style de vinification ainsi que la formation de l’équipe. Henri Binoche prend parallèlement la direction du domaine. L’idée n’est pas de transformer Guy Bocard en une copie du domaine Pacalet, mais d’utiliser son expérience pour repartir sur des bases plus précises. Les pressurages deviennent longs et progressifs, les grappes sont travaillées entières au pressoir, les fermentations démarrent avec les levures présentes naturellement et les bâtonnages deviennent très mesurés. L’ajout de soufre est réduit et repoussé aussi tard que possible.
L’évolution des élevages est tout aussi importante. Le domaine utilise aujourd’hui un parc de fûts très large en âge, certains pouvant accompagner plus de dix millésimes. Le bois neuf est réservé aux cuvées d’assemblage tandis que les vins parcellaires sont élevés sans fût neuf. Les vins passent d’abord environ douze mois en pièces avant de poursuivre leur évolution quelques mois en cuve selon les cuvées. Ce travail apporte de la matière sans chercher à imprimer une signature boisée. C’est probablement là que l’influence de Philippe Pacalet est la plus perceptible. Les élevages paraissent aujourd’hui davantage intégrés, la réduction est utilisée comme un élément de construction du vin et le soufre n’intervient plus comme une réponse automatique.
Cette transformation aurait moins d’intérêt sans le patrimoine de vignes du domaine. Les parcelles dessinent une véritable coupe de Meursault. Narvaux se trouve sur les hauteurs du Montmélian, dans une zone plus pierreuse où les maturités arrivent généralement plus lentement. Limozin se situe plus bas, juste sous certains des premiers crus les plus réputés du village. Plus au sud, le domaine possède des vignes en Charmes Dessus, face aux Perrières, tandis que Genevrières Dessous constitue l’une de ses productions les plus confidentielles. Les vieilles vignes de Durots, Dressoles et Malpoiriers donnent encore une autre lecture, sur des sols plus profonds du nord du village.
Cette diversité explique une décision importante de la nouvelle équipe. Les vins sont désormais conduits selon une trame de vinification très proche les uns des autres afin de limiter l’influence de la technique sur leur personnalité. Il ne s’agit plus de construire différemment chaque cuvée pour lui donner un style, mais au contraire de réduire les variables pour rendre les différences de climat plus perceptibles. Un Narvaux ne doit pas ressembler à un Limozin, pas davantage qu’un Charmes ne doit être confondu avec un Genevrières. C’est une philosophie assez simple sur le papier mais exigeante dans sa réalisation car elle oblige à travailler avec des raisins d’une grande précision.
Dans les vignes, le domaine accompagne cette recherche avec un travail beaucoup plus attentif aux sols. Les désherbants ont disparu, les labours restent légers et le tracteur n’est utilisé que lorsque les conditions permettent d’éviter le tassement. Les nouvelles plantations sont réalisées à la main avec du matériel végétal sélectionné pour conserver de la diversité. La taille s’inspire de méthodes visant à respecter les flux de sève et elle est volontairement tardive afin de limiter les risques liés aux gelées de printemps. Rien n’est appliqué de manière systématique. L’équipe insiste au contraire sur l’adaptation des gestes aux caractéristiques du millésime.
Le style qui se dessine depuis 2022 est donc assez différent de l’image parfois caricaturale d’un Meursault très riche et fortement marqué par le bois. Il y a toujours de la chair et de la profondeur, mais l’équilibre se construit davantage autour de la tension, des amers fins et de la lecture du sol. Les élevages donnent du volume sans enfermer le vin. Les millésimes 2022 puis 2023 ont montré cette évolution de façon particulièrement nette, avec des vins plus précis et plus cohérents d’un bout à l’autre de la gamme. Le domaine lui même considère 2022 comme une nouvelle naissance, puisqu’il s’agit de la première vendange entièrement menée après le départ de Guy et sous la supervision de Philippe Pacalet.
C’est cette renaissance qui nous intéresse particulièrement chez Dolia. Guy Bocard possède déjà l’histoire, les vieilles vignes et certains très beaux climats de Meursault. Ce qui change aujourd’hui, c’est la manière dont ce patrimoine est exprimé. L’influence de Philippe Pacalet a permis de réduire les interventions, de mieux maîtriser le bois et le soufre et surtout de replacer les parcelles au centre du discours. Le domaine commence maintenant à s’émanciper progressivement de cette phase d’apprentissage pour construire sa propre identité. C’est précisément ce moment que nous avons envie de suivre, celui d’une vieille maison de Meursault qui ne renie rien de son passé mais dont les vins semblent avoir retrouvé une nouvelle énergie.
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