Domaine Simon Colin
À Chassagne Montrachet, Simon Colin appartient à une famille profondément liée à l’histoire récente du village, mais son domaine ne donne jamais l’impression de simplement prolonger ce qui existait avant lui. Ce que nous aimons chez Dolia, c’est justement cette rencontre entre un héritage très fort et une vision beaucoup plus personnelle du vin. Simon recherche des blancs précis, lumineux et tendus, avec suffisamment de matière pour ne jamais devenir austères, et des rouges travaillés davantage dans l’infusion que dans l’extraction. Son domaine est encore jeune, mais son style est déjà très lisible. Depuis le Bourgogne blanc jusqu’à La Maltroie, en passant par son Chassagne Montrachet et La Fussière à Maranges, on retrouve cette recherche de pureté, d’énergie et d’équilibre qui donne envie de suivre son travail de très près.
Simon est le fils de Philippe Colin et le petit fils de Michel Colin, qui dirigeait autrefois le Domaine Colin Deléger avec Bernadette Deléger. Pourtant, avant de revenir définitivement en Bourgogne, il choisit de prendre un peu de distance avec cette histoire familiale. Après des études de commerce, il travaille auprès de son père puis multiplie les expériences à l’étranger, notamment en Afrique du Sud et dans l’Oregon. Son passage le plus structurant reste probablement celui effectué pendant plusieurs années au Domaine Étienne Sauzet à Puligny Montrachet. Il y approfondit notamment son approche de la viticulture biologique et s’intéresse aux principes de la biodynamie. Cette succession d’expériences lui permet de revenir à Chassagne avec autre chose qu’une simple transmission familiale.
En 2017, plutôt que d’attendre que des vignes familiales lui soient transmises, Simon commence seul avec une activité de négoce minuscule. Neuf fûts seulement composent son premier millésime. Il appelle lui même ce projet son laboratoire. Pendant quatre années, il achète de petites quantités de raisins et profite de cette liberté pour essayer différentes façons de travailler les lies, le bois ou le soufre et surtout pour déterminer le style de vins qu’il souhaite produire. En 2020, cette activité représente encore seulement vingt huit fûts. Cette période est importante car elle montre que Simon n’a pas simplement repris un domaine existant. Il a d’abord construit sa propre manière de vinifier avant de devenir véritablement vigneron propriétaire.
Le véritable changement intervient avec le millésime 2021. Philippe Colin lui transmet alors la majeure partie des vignes familiales et Simon se retrouve à la tête d’environ neuf hectares répartis principalement entre Chassagne Montrachet, Saint Aubin, Santenay et Maranges. Son père conserve quelques hectares et les deux choisissent volontairement de travailler indépendamment. Simon explique avoir voulu cette séparation pour pouvoir prendre ses propres décisions et poursuivre une vision différente de celle de son père. Le Domaine Simon Colin tel qu’on le connaît aujourd’hui naît vraiment à ce moment là, même si les premières bouteilles portant son nom remontent à 2017.
Les parcelles permettent de comprendre pourquoi la gamme possède autant de nuances. À Chassagne Montrachet, le domaine travaille de nombreux secteurs aux expositions majoritairement sud et sud est, sur des sols argilo calcaires dont les proportions de pierre, d’argile et de calcaire changent selon la position dans le coteau. Certaines vignes du Chassagne village remontent aux années cinquante, tandis que d’autres plantations sont beaucoup plus récentes. La Maltroie est une petite parcelle d’un peu plus de vingt ares plantée en 1983 et exposée au sud est. Plus au sud de la Côte de Beaune, La Fussière repose elle aussi sur des sols argilo calcaires, avec des vignes plantées entre les années soixante et quatre vingt. Cette mosaïque donne à Simon la possibilité de faire des vins très différents sans avoir besoin de construire artificiellement leur personnalité au chai.
La viticulture a elle aussi rapidement pris une direction personnelle. Dès la reprise des parcelles familiales, Simon les engage vers l’agriculture biologique. Après trois années de conversion, le domaine obtient sa certification en 2024. Il continue également à utiliser certaines pratiques inspirées de la biodynamie, héritées notamment de son passage chez Sauzet, mais sans présenter son travail comme l’application stricte d’une méthode. Son site parle plutôt d’une viticulture réfléchie, capable de s’adapter à chaque situation. Le millésime 2024, particulièrement humide et marqué par une forte pression du mildiou, a d’ailleurs obligé l’équipe à multiplier les observations et les interventions afin de préserver la récolte.
Au chai, Simon cherche surtout à éviter tout ce qui pourrait figer les vins. Les blancs sont pressés doucement avant de fermenter et d’être élevés principalement en fûts, avec une proportion de bois neuf volontairement mesurée. Les élevages durent généralement environ une année avant quelques mois supplémentaires en cuve. Le bâtonnage est peu utilisé et Simon préfère conserver une partie des lies saines afin d’apporter de la matière sans perdre la tension du vin. Pour les rouges, son approche est encore plus révélatrice de son style. Une partie des grappes peut être conservée entière selon le millésime et les extractions restent très douces. Il parle davantage d’infusion que d’extraction, avec l’idée de préserver le fruit et la finesse des tanins plutôt que de construire artificiellement de la puissance.
Les cuvées disponibles chez Dolia permettent de suivre cette progression. Le Bourgogne blanc est déjà beaucoup plus qu’un simple vin d’entrée de gamme. Les différentes parcelles sont travaillées avec le même soin que le reste du domaine et l’élevage apporte de la texture sans chercher à masquer le vin. Le Chassagne Montrachet assemble plusieurs secteurs du village et donne probablement la lecture la plus complète du style de Simon, avec une bouche ample mais tenue par beaucoup de fraîcheur. La Maltroie va plus loin dans la profondeur. Cette petite parcelle donne un Premier Cru généralement plus construit, avec davantage de matière et une expression qui gagne particulièrement à attendre quelques années en bouteille.
La Fussière apporte un contraste particulièrement intéressant. Située à Maranges, tout au sud de la Côte de Beaune, la parcelle du domaine représente un peu moins d’un demi hectare et comporte des vignes plantées dès 1964 et 1965. Simon conserve selon les années une partie des grappes entières et travaille la macération avec beaucoup de douceur. Le vin possède donc la profondeur et la structure que l’on peut attendre de ce coteau tout en gardant le toucher particulièrement délicat que l’on retrouve dans ses autres rouges. C’est aussi ce qui rend la gamme cohérente. Les lieux changent, les couleurs changent et les élevages s’adaptent, mais la recherche reste la même. Préserver le fruit, la fraîcheur et la sensation d’énergie plutôt que chercher la démonstration.
C’est précisément pour cette raison que nous avons choisi de travailler avec Simon Colin chez Dolia. Il possède évidemment un héritage familial rare et des parcelles magnifiques, mais ce n’est pas ce qui suffit à rendre ses vins intéressants. Ce qui nous touche davantage est cette volonté de construire sa propre lecture de Chassagne Montrachet. Simon a commencé par expérimenter avec quelques fûts, est parti travailler ailleurs, a observé d’autres façons de cultiver et de vinifier puis est revenu sur les terres familiales avec ses propres convictions. Ses vins ont de la précision et de la profondeur, mais gardent toujours du mouvement. C’est une Bourgogne contemporaine qui respecte totalement ses origines sans donner l’impression d’être prisonnière de son héritage.